La bienveillance dans tous ses états

La vie nous invite à évoluer, à traiter les situations de notre existence dans une logique de progression personnelle. Sans perdre de temps. Lorsque cela est possible, bien sûr. Cependant, organiser sa vie dans une stratégie de progression est-il réellement affaire de possibilité ? Ou question de choix puis de volonté ?

Bienveillance et comportement

L’observation objective d’une existence permet de noter la récurrence d’événements. Chacun fait l’expérience que certaines situations se répètent, quel que soit le domaine professionnel, affectif ou de santé dans lequel elles apparaissent. Ces situations, pour être définitivement traitées, demandent un positionnement clair de notre part. Lorsque nous ne choisissons pas résolument, une situation se représente bientôt, sous une forme différente, mais semblable dans son fond. Il arrive parfois même qu’en ayant clairement opéré certain choix, un événement de même origine qu’un précédent se représente s’il nécessite plusieurs manières d’être traité.

Dans l’inaction ou le refus, nous courons le risque d’atteindre le terme de notre existence sans avoir eu le temps de décider quoi faire de notre vie, en particulier sans avoir pu traiter les situations qui exigeaient de l’être.

D’un autre côté – paradoxalement, pourrait-on dire – la pratique de la bienveillance n’a pas d’état ultime dans lequel elle pourrait s’illustrer définitivement. Comme les situations de notre existence, elle trouvera toujours de nouveaux développements ou de nouvelles manières de se manifester, correspondant à un apprentissage toujours plus affuté de notre relation à l’autre et à nous-même.

La bienveillance est comparable à l’amour, qui n’a ni fin ni limite. Lorsqu’un parent met au monde un enfant, il l’aime tant qu’il se demande s’il sera capable d’en aimer un 2ème autant. Lorsque celui-ci arrive, il comprend que son cœur contient encore plus d’amour qu’il n’imaginait et qu’il ne pourra jamais en être saturé.

Bienveillance et choix

Je me lève le matin plutôt bien disposé envers la journée, excité d’une nouvelle possibilité de pratiquer la bienveillance. J’ai la chance d’avoir pu choisir mon mode d’existence. J’ai organisé mon environnement, physique, professionnel et culturel afin qu’il corresponde à une stratégie d’expansion personnelle et communautaire.

En affinant davantage, au fil des expériences, les caractéristiques extérieures idéales de cet environnement, j’ai déplacé le curseur de mon attention vers des objectifs de plus en plus concrets.

Dans un environnement choisi, en ayant comme but la bienveillance et en pratiquant l’attention consciente, le temps semble passer plus doucement et harmonieusement. Il ne se produit plus de grands à-coups, plus de césure de temps comme dans des journées marquées par des activités très distinctes, et/ou des périodes de transport. Dans une journée type, il n’y a plus de périodes de temps consacrées à des activités contraignantes ou regrettables.

Dans une telle organisation, il semble que les progrès réalisés vers davantage de bienveillance soient plus significatifs, que les choses traitées le soient également définitivement, sans nécessité qu’elles se présentent de nouveau sous une nouvelle forme dans ma vie.

Chaque jour apparait comme complet en lui-même, semblable à une vie entière. Chaque matin est nouveau et possiblement le premier où la bienveillance sera totale et complète envers tout ce qui se présente, individu ou situation. Chaque matin représente une nouvelle chance d’être en phase avec ses objectifs, quels qu’ils soient, comme si la nuit avait pu effacer toutes les hésitations de la veille.

Pourtant, le passé est toujours vivant, et pratiquer la bienveillance se manifeste toujours dans de nouvelles possibilités.

Bienveillance et récurrence

30 ans plus tôt, je suis un jeune commercial embauché pour restructurer un secteur laissé en jachère. Mon patron compte beaucoup sur mon enthousiasme et ma pugnacité. Pour m’aider, il m’adjoint un collègue plus âgé qui m’aidera dans mes premiers pas et qui pourra éventuellement m’accompagner lors de la rédaction des premiers bons de commande. Un tutorat se met en place, que j’accueille avec reconnaissance et plaisir au début, nous passons beaucoup de temps ensemble.

Peu à peu, celui-ci occupe de plus en plus d’espace, et je me laisse envahir. Je suis jeune dans la société, j’ai envie de bien faire, il connait bien le matériel et ses interventions sont pertinentes, c’est le patron qui l’a demandé, etc. Autant de raisons qui l’installent bientôt dans mon quotidien.

Car ce tuteur a de la personnalité, des conceptions du métier personnelles et, surtout, il veut m’aider ! Le tutorat se transforme peu à peu en joug. Quelques semaines plus tard, je suis totalement débordé par la situation. Je dois lui téléphoner tous les soirs pour lui faire mon rapport sur le déroulement de la journée, quelle que soit l’heure à laquelle je rentre ; il s’invite dans chaque négociation et, même si je récupère la commission des contrats, la situation dégénère dans du harcèlement.

Pour finir, je n’en peux plus et démissionne. Je me fais la promesse qu’on ne m’y reprendra plus à laisser autant d’espace à quelqu’un dans mon activité professionnelle. J’ai tranché. Mon choix m’autorise à penser que ce genre de situations ne se représentera plus.

Bienveillance, stratégie d’existence et gratitude

Aujourd’hui, une synchronicité m’interpelle. Je me retrouve dans une situation qui, pour être très différente, éveille en moi des émotions semblables à celles d’il y a 30 ans. Je me laisse déborder par une situation qui m’échappe et qui me demande de me positionner. Des émotions fusent, suivies d’agacement, d’énervement, des identifications, des comportements limitants, stress, et pensées récurrentes, etc.

Pour quelle raison une situation professionnelle très différente d’une précédente s’accompagne-t ’elle des mêmes émotions ? Quelle est la stratégie de cette existence qui me propose une situation que je croyais gérée et oubliée ?

Sur un tout autre plan, imaginez qu’il y a 30 ans, vous vous soyez séparé d’une personne dans des conditions douloureuses, car vous étiez trop jeune et trop impulsif pour appréhender correctement la situation et pour l’assumer. Imaginez ensuite que la vie place aujourd’hui sur votre chemin une personne qui ressemble à la 1ère, ou qui porte le même prénom, ou qui fasse naître des sentiments similaires à ceux que vous ressentiez dans le passé.

Vous pourriez alors prendre cette coïncidence de 2 manières différentes : 1/ Vous pourriez maudire le hasard et trouver un moyen de de fuir et de vous échapper ou 2/ Vous pourriez remercier le ciel de vous donner enfin l’occasion d’agir correctement, de la manière dont vous auriez pu le faire quelques années plus tôt lorsque vous manquiez de ressources et de recul.

L’inconscient envoie un signal identique pour deux situations différentes car elles sont connectées sur un plan profond. Comme l’inconscient ne conceptualise pas, il appareille les situations sur des bases objectives. Deux expériences font naître le même élément déclencheur car elles appartiennent à la même famille.

Aujourd’hui, la vie m’offre une nouvelle possibilité de traiter une situation avec un outil que je ne possédais pas auparavant : la bienveillance. La vie me propose en définitive une occasion de me réconcilier avec moi-même car elle me permet de rattraper un coup mal négocié 30 ans auparavant. Du coup, je transforme d’apparentes conséquences néfastes d’une situation qui se répète en gratitude de m’offrir une nouvelle opportunité de traiter et de clarifier une ancienne situation, de la transformer en épanouissement personnel.

Aujourd’hui, cette situation me permet d’approfondir la bienveillance envers la vie et envers moi-même, et je la remercie.

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