La bienveillance commence par la pensée

aneNoël est une fête planétaire que s’approprient 7,5 milliards d’êtres humains. Durant cette période, même les conflits séculaires cessent quelques heures. Partout dans le monde, tous attendent cette date pour faire taire leurs griefs, les rendant instantanément insensés.

Si les raisons d’un conflit sont suffisamment importantes pour justifier une guerre et des morts, en quoi Noël les rend-elles caduques ? Si Noël a le pouvoir d’opérer une trêve dans un conflit qui dure parfois depuis des années, en quoi ce dernier est-il justifié ? Nous passons de la haine à l’amour puis revenons à la haine comme si nous changions de vêtements. Le comportement humain est-il aussi caricatural ?

Nous croisons souvent des personnes sincèrement étonnées que les gens – bien entendu, nous sommes « les gens » – soient si égoïstes entre eux. Elles se demandent honnêtement pourquoi nous ne parvenons pas à nous entendre entre nous, comment il se fait que chaque rencontre entre deux personnes soit si souvent vectrice d’affrontements et de souffrances.

C’est ignorer que l’égo, comme le cerveau, est à la fois la cause et le moyen. La cause de l’affrontement car l’unique raison de son existence est le fossé qui (apparemment) existe entre lui et tout ce qui n’est pas lui, en particulier n’importe qui d’autre. Le moyen car la compréhension de son fonctionnement invite au rapprochement vers n’importe quel autre en particulier et tous les autres en général.

L’existence duelle

Je ne fais pas partie de cette catégorie de personnes étonnées que nous soyons si égoïstes entre nous, je pense qu’il est intrinsèquement dans notre nature d’être égoïste. Ce qui rend mon challenge d’installer la bienveillance dans les entreprises si intéressant.

Ma pratique quotidienne de la bienveillance fait apparaitre beaucoup plus de dysfonctionnements qu’il ne semblait y avoir lorsque je ne pratiquais pas. J’observe une lutte entre 2 tendances antagonistes. D’une part l’altruisme, le désintéressement, le désir d’aimer et d’aider autrui. D’autre part le jaillissement fréquent de pensées critiques, médisantes, délétères voire morbides.

La plus belle relation d’amour fait parfois naître des pensées de haine. Ce qui est le plus cher à nos yeux, les enfants sans doute, provoque quelques fois le jaillissement de pensées morbides ou de destructions. L’apparition d’émotions sincères à la vue du sacré n’engendre-t’elle pas parfois des pensées de souillures ?

Peut-être est-ce dû à une fatigue passagère, à un relâchement de la vigilance ? Peut-être des scories de comportements anciens qui ont contribué à organiser le cerveau de manière si complexe ? Peut-être les conséquences d’une culture de la réactivité, entretenue comme un sport, qui invitait auparavant de toujours trouver le bon mot, la réaction rapide face à un événement, s’est-elle détournée de son but initial ?

Peut-être est-ce la dualité de l’existence, qui fait que rien n’existe sans son contraire ?

Penser est déjà agir

Pourtant, de la même manière que le TOC est paradoxalement un excellent outil d’accroissement de ressources (voir précédent billet), l’alternance de pensées bienveillantes et d’autres qui ne le sont pas m’en apprend beaucoup sur le fonctionnement de mon cerveau, sur les relations qu’il entretient avec mon cœur et mon corps, sur la conscience qui les englobe tous trois. Cette mécanique complexe et magnifique peut ensuite être observée, étudiée puis améliorée afin qu’un choix de réactions puisse être validé et que prééminence soit définitivement donnée à certains fonctionnements plutôt qu’à d’autres.

Penser agir produit sur le corps et le cœur les mêmes conséquences que l’acte lui-même.

1452358_617813571593603_1123910518_nLes neurosciences nous informent que notre cerveau ne fait pas la différence entre imaginer un acte et l’accomplir car les mêmes connexions neuronales sont activées. C’est pour cela que certaine religion explique que penser commettre un acte est en réalité l’avoir déjà commis, et que d’autre tradition plus hermétique met en garde : « Homme, place un gardien au seuil de tes pensées ».

(Votre pire enemi ne peut vous atteindre autant que vos propres pensées non surveillées)

Aujourd’hui, prenons la juste mesure des conséquences que certaines pensées négatives que nous émettons à l’encontre de quelqu’un peuvent avoir sur les relations que nous avons et que nous aurons plus tard avec lui. En effet, nous constatons que si nous avons une pensée médisante à l’égard d’une personne lors d’une nouvelle rencontre, par exemple un collègue de travail que nous accueillons pour la 1ère fois, cette pensée laissera une trace en nous lors de la 2ème rencontre et les suivantes, altérant notre appréhension de ce qu’il nous présente et modifiant le contexte de notre relation.

Si l’on décide d’être bienveillant envers lui, il faudra alors sans cesse réparer le contexte, rectifier la 1ère pensée qui jaillira toujours lorsque nous serons en sa présence. Mieux vaudrait qu’elle ne soit jamais apparue !

Avec l’a priori de la bienveillance, qu’elle soit spontanée ou cultivée, ou cultivée puis spontanée, nous nous autorisons une grande fraicheur et une grande liberté d’esprit à chaque instant.

La pratique de la bienveillance

Il est possible pour un égo de pratiquer la bienveillance, comme il est possible d’installer la bienveillance dans nos relations professionnelles, même lorsque les égos se frictionnent à chaque instant.

Par une pratique de chaque instant, et pas seulement à Noël ! Que cette trêve de Noël soit le début, la vraie résolution pour chacun de développer la bienveillance dans son quotidien. Une résolution basée sur l’observation de ses pensées, puis sur la résolution de changer, et enfin sur la pratique assidue de nouveaux comportements.

Comment pratiquer quotidiennement la bienveillance ? Si ma volonté de bienveillance doit lutter sans cesse contre ces programmes inconscients automatiques qui jaillissent spontanément en moi, peu importe leurs origines, mieux vaut avoir quelques outils qui ont fait leurs preuves. En voici quelques-uns.

Lorsqu’une pensée médisante surgit en moi à la vue d’une autre personne, plutôt que de lutter contre elle, ce qui ne fera que la renforcer, plusieurs possibilités s’offrent à moi pour l’annihiler :

Les techniques de la bienveillance

1. Pour commencer, ne présumons pas de ce que pense cette personne à notre égard. Soyons réaliste : 7,5 milliards de personnes représente la même quantité de cartes du monde spécifiques et différentes.

mind_full2. L’attention consciente de ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nous, à chaque instant. Cette vigilance attentionnelle empêche n’importe quel type de pensée de jaillir par sa simple pratique, car il n’y a pas place en nous pour autre chose que l’attention consciente lorsque nous la pratiquons.

(Esprit encombré ou pleine conscience ?)

3. Nous pouvons nous pencher un instant sur cette pensée médisante et réaliser instantanément son insanité, ce qui aura comme conséquence de nous troubler, de nous trouver mécontent de nous-même, d’éprouver dégoût et désir de changer.

4. Si nous avons baissé la garde un instant et cessé d’être vigilant, nous pouvons désamorcer une éventuelle pensée malveillante en focalisant rapidement notre attention sur un autre objet, ou en passant rapidement d’un objet à un autre, de manière à la faire disparaitre, ou à confusionner notre cerveau, ce qui en pratique reviendra au même. Un cerveau confusionné, comme dans une ivresse, subira une perte de repères et aura naturellement comme réflexe de revenir soit à une sensation physique, soit à un vide momentané. Dans les 2 cas, la pensée aura disparu.

5. Nous pouvons également dire STOP à cette pensée, de manière à associer durablement et profondément son jaillissement ou le jaillissement de pensées similaires au mot STOP. L’avantage de cette technique est d’associer étroitement le mot STOP à l’apparition d’une pensée jugée négative.

6. Nous pouvons aussi associer une image à cette pensée ou à ce genre de pensée. J’utilise par exemple la broyeuse de documents, que l’on trouve dans tous les bureaux, qui transforme en confettis ma pensée. Lorsque j’utilise fréquemment cette association, elle jaillit ensuite spontanément.

7. Nous pouvons choisir de concentrer notre attention avec précision sur un objet extérieur, en utilisant pleinement nos capacités sensorielles pour affiner notre perception de l’objet.

8. Lors de ces trois dernières techniques, la fréquence et la rapidité de la réaction va réduire de plus en plus le temps séparant l’apparition de la pensée de notre réaction : STOP, la broyeuse de document ou la concentration sensorielle. Ainsi, petit à petit, la pensée n’aura même plus le temps de se former complètement, la prescience de son apparition suffira à faire naitre notre réaction.

9. Enfin, soyons convaincus que s’excuser silencieusement envers quelqu’un d’avoir eu de mauvaises pensées à son égard produit dans notre cerveau les bénéfices d’excuses réelles que nous lui aurions adressées.

Merci de partager

Ce contenu a été publié dans comportement, Entreprise, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.