La bienveillance et les apprentissages

IMG_20111219_041307De nombreux articles traitent de l’apport des neurosciences aux processus d’apprentissage. Les techniques pour développer l’attention, les cycles physiologiques de pics et de seuils d’attention, les 2 (ou +) cerveaux, la prédominance de certain sens sur d’autres, etc. Comment la bienveillance s’inscrit-elle en filigrane de toutes ces règles ? Qu’apporte-t’elle de plus à ces dispositifs ?

Nous avons déjà tenté de décrire la bienveillance comme un accueil favorable à ce qui est, à ce qui se présente dans l’instant, la situation en général et l’autre en particulier, exempt d’a priori ou de jugement. L’intention de se mettre dans une écoute neutre et positive.

Cette disposition n’a rien d’anodin. Elle pourra se révéler déterminante voire nécessaire au bon déroulement de n’importe quel apprentissage. Cette bienveillance est une intention qui installe un préalable positif, lequel influence favorablement les règles citées plus haut. A défaut de cette bienveillance, les règles d’apprentissage connues et encore à découvrir pourraient n’être qu’un vernis lénifiant et rester lettre morte.

La bienveillance installe une disposition du cœur dont la qualité principale est de synchroniser les intentions de l’individu entre ce qu’il est intérieurement et ce qu’il présente au monde et à l’autre : son authenticité. Les techniques précitées sont des mécanismes et ne concernent pas la réalité intérieure de l’individu. En d’autres termes, nous pourrions ouvrir tous les dispositifs cognitifs de la personne sans atteindre son désir d’apprendre ou pas.

Les épreuves du bac viennent de se terminer et l’exemple à suivre peut se transposer au salarié lors d’une formation. Dans un jeu de rôle, il est parfois plus simple de donner un exemple hors contexte pour le teinter de sa propre expérience.

Un adolescent révise en vue d’un examen. Nul doute que l’apprentissage n’est pas un vain mot pour lui et qu’il souhaite mettre toutes les chances de son côté afin que les informations qu’il veut apprendre s’engramment. Son challenge va être d’harmoniser les différentes parties de son être sollicitées lors de l’apprentissage. Pas seulement celles du cerveau, la réconciliation entre son travail et son envie profonde va devoir elle aussi être réconciliée.

Commençons par le comportement et affinons le processus jusqu’à la bienveillance.

Il doit tout d’abord être en bonne forme physique, avoir dormi suffisamment et être bien disposé intellectuellement et émotionnellement envers l’apprentissage. Bien entendu, il est préférable qu’il ne soit pas en situation de conflit avec d’autres, qu’il n’ait pas de préoccupations extérieures qui parasitent ses pensées. L’idéal n’est pas toujours possible mais il doit y tendre car il sait que tout ce qui ne concerne pas l’apprentissage (pensées, émotions ou sensations corporelles contradictoires) va détourner son attention du but. Même si l’apprentissage qu’il va suivre n’est pas forcément désiré, il est nécessaire pour son évolution et il le sait.

S’il se couche sur son lit pour réviser, il sollicite inconsciemment son corps de la même manière que s’il se préparait à dormir, de sorte qu’une partie de son être identifie le lit au repos ou à la détente et se trouve en désaccord avec sa volonté d’apprendre. Le conseil sera qu’il s’installe à son bureau pour réviser, donnant ainsi un signal clair à son inconscient qu’il souhaite vraiment travailler. Mais s’il étudie à son bureau de manière désinvolte et que son corps trahit son manque d’intérêt pour l’apprentissage, le voilà revenu comme s’il était sur son lit. Etre à son bureau certes, mais dans une attitude déterminée et volontaire.

Une fois à son bureau, il devra éloigner son téléphone et ses autres moyens de connexion qui n’ont pas de rapport avec son apprentissage, auxquels il jette par habitude un coup d’œil de temps à autres, ou dont il entend les alertes sonores. Ces distractions sollicitent son attention et son cerveau à des multitâches dont il est structurellement incapable et qui vont le fatiguer inutilement. Il lui est conseillé de couper pour le temps de l’apprentissage toutes les possibilités de distraction afin qu’il se concentre sur la seule tâche d’apprendre.

Il peut baisser le son de sa musique au minimum ou éventuellement la remplacer par un fond classique ou baroque, dont il est reconnu qu’il facilite les processus de mémorisation. Une musique qu’il aime particulièrement peut aussi faire l’affaire car elle va le mettre dans un état de joie et de plaisir. A éviter cependant une musique chargée émotionnellement ou qui lui rappelle des souvenirs, afin d’éviter des ancrages non désirés. De la même manière, un environnement favorable en termes de paysage ou de poster sur les murs (sens visuel), de température, d’hygrométrie et de confort d’assise (sens kinesthésique) seront à privilégier pour renforcer son plaisir, sa joie d’être là, son attention et son ouverture du cœur, propices à l’entrée libre du flot d’informations.

Il récitera parfois à haute voix en même temps qu’il lit afin de solliciter concomitamment 2 de ses principaux sens (le visuel et l’auditif) et de donner plus de chance aux informations d’être retenues. Pour certaine information particulièrement ardue à mémoriser, il sollicitera son sens du goût en suçant un bonbon qu’il aime ou en buvant une boisson appréciée afin d’ancrer durablement l’information.

Tous les sens mis au travail en même temps concourent à focaliser l’être dans une disposition consensuelle qui s’apparente à une joie d’apprendre et qui favorise grandement l’apprentissage. Avec un peu d’attention sur sa propre expérience, sur des sensations physiques nouvelles tant au niveau du cerveau que dans l’observation de certains moments de joie, il pourra être capable d’observer le flux d’information entrer librement en lui, exactement comme lors d’un IRMF. Le temps qui se fragmente en instants verra ainsi certaines de ces fractions être parfaitement syntones entre lui et l’apprentissage, jusqu’à la plus petite cellule de son corps. Des informations seront alors stockées définitivement pour le reste de l’existence, en particulier lors de l’examen.

Il peut enfin se mettre à l’écoute de signaux plus subtils dans son corps et dans son cerveau, qui l’avertiront de baisses de vigilance, qui varient selon les individus et qui se produisent à intervalles réguliers, jusqu’à 90 minutes. Il stoppera alors son travail afin de réaliser tout autre chose ou carrément ne rien faire, permettant ainsi aux informations recueillies de passer du sas de stockage à d’autres régions neuronales. Les neurosciences nous informent que les informations reçues lors d’un apprentissage sont d’abord stockées dans un sas de collecte pour être dispatchées ensuite vers les régions d’apprentissages concernées. Seul un repos, une mini sieste voire un micro sommeil peuvent permettre à ce travail de s’opérer (à quand la sieste autorisée sur le lieu du travail ? Certaines entreprises l’ont déjà adoptée.)

Une fois ces attitudes améliorées, il tirera avantage à se positionner davantage dans la bienveillance par rapport à son apprentissage en cours, en accompagnant ces comportements de la joie d’apprendre. Cette joie, sans laquelle les règles citées plus haut ne donneront qu’une partie des résultats escomptés, ouvrira les aspects subtils de sa conscience.

Comment se positionner dans la bienveillance de l’apprentissage ? Nous l’avons vu plus haut, dans l’authenticité de la démarche personnelle. En synchronisant les intentions entre ce qui est intérieur et ce qui est présenté au monde et à l’autre. A cette condition, la bienveillance peut s’installer durablement.

Parfois, la dichotomie entre les motivations profondes et la stratégie d’existence de l’individu est si flagrante qu’il ne comprend pas pour quelle raison les événements se répètent et ont tous un air de déjà-vu. Il consulte des spécialistes médicaux ou comportementaux, mais rien n’y fait tant qu’il n’examine pas ses réelles motivations et objectifs. Si sa volonté d’apprendre ou d’entreprendre est en désaccord avec un autre programme installé, il aura beau faire, une partie de lui sabotera les processus en cours.

Un travail sur soi est parfois comme une enquête policière : à qui profite le crime ? Trouvez le mobile et vous aurez le coupable. A qui ou à quoi en moi profitent ces situations que je vis aujourd’hui ? Y a-t’il des conséquences favorables à mes échecs d’apprentissage ?

La bienveillance est aussi la réconciliation entre les différentes parties de l’individu. Lorsque cela s’opère, tous les apprentissages seront bénéfiques puisque la joie d’apprendre sera au rendez-vous, qui se transmettra au cœur dans l’ouverture, au corps dans la bonne attitude posturale et au cerveau dans l’ouverture des possibilités. Ces possibilités offriront les nouvelles connexions neuronales qui permettront à l’individu de changer ses programmes et de les remplacer par de nouveaux, mieux adaptés et plus performants car en phase avec ce qu’il est dans son présent.

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