La bienveillance, un art martial bien français pour l’entreprise

Rz_PERS023Un article paru ce jour dans le journal l’Est éclair propose une nouvelle approche de la gestion des conflits grâce à l’aïkido dans un collège de Troyes. Cette approche originale rappelle celle de la bienveillance. Un moyen de désamorcer le conflit dans l’entreprise et, par voie de conséquence, de renouveler l’engagement du salarié.

Le rapport entre le conflit, ou l’atmosphère conflictuelle, que vit un salarié et son engagement pour son entreprise peut paraître lointain. Le plaisir ou la souffrance que ressent un salarié dans son entreprise est pourtant directement lié à son engagement vis-à-vis d’elle.

Le rapport Gallup cité récemment dans de nombreux billets pointe l’engagement du salarié dans une moyenne de 13% pour l’ensemble des pays sondés. La France se situe dans la queue du peloton avec, en plus, le plus fort taux de salariés activement désengagés. Rappelons qu’un salarié activement désengagé agit à contrecourant des intérêts de l’entreprise, lorsqu’il ne se pose pas carrément en saboteur.

La logique des arts martiaux est d’utiliser l’énergie ou la force de l’adversaire pour le déstabiliser. Dans certaines situations, cela est tout à fait logique. Si un individu de 100kg se précipite vers moi le poing levé, il sera plus judicieux de m’écarter que de l’affronter. Si de plus, j’utilise une technique d’accompagnement de son élan, toute l’énergie qu’il aura mise dans son geste sera utilisée pour le déstabiliser et le faire chuter.

Or, même si cela ne parait pas évident au premier abord, il en va d’un affrontement psychologique comme d’un affrontement physique. Les interventions de l’association citée dans l’article plus haut « ont pour but de partager les principes de la transformation de conflit, et les participants explorent leur capacité de diriger une agression vers un résultat équilibré. »

Prenons une nouvelle situation où l’issue n’est pas aussi claire que l’affrontement physique présenté plus haut, bien que les possibilités de choix soient identiques : l’affrontement ou l’intelligence relationnelle. Le conflit ou la bienveillance.

Je croise un individu qui m’invective sans raisons apparentes. Je peux réagir, comme m’y pousse mon cerveau reptilien, revendiquer ma position, ne pas céder de terrain et l’affronter. Je réponds à son invective par une insulte, et nous risquons fort d’alimenter un conflit pour finalement en sortir meurtris tous les deux. Dans une joute verbale, nous avons déjà connu des situations qui s’enveniment sans que l’on sache comment tout a commencé.

Je peux aussi réfléchir et me positionner dans la bienveillance, proposer une autre issue à l’invective que la réponse attendue. L’autre en sera forcément déstabilisé, une faille sera créée dans son système, suffisante pour y introduire une autre possibilité de résolution du conflit.

Au bureau, il n’y pas forcément d’invective, mais les incivilités sont légions. Proposer au mutisme d’un collègue ou à l’incivilité d’un client un sourire ou une position bienveillante établira de nouvelles bases de relation, et désamorcera tout dérapage. Mieux encore, nul besoin d’attendre un conflit ou une incivilité pour s’établir résolument dans la bienveillance. Chacun a déjà facilement constaté le pouvoir d’un sourire ou d’une position bienveillante dans n’importe quelle relation.

De tout temps, des chercheurs se sont penchés sur les nouvelles possibilités de résolution de conflits, ou plus prosaïquement de gestion de l’altérité. Citons les exemples d’Anatol Rapoport et de Paul Diel, rencontrés récemment au détour de veille sur les nouvelles possibilités de management et de relations.

La bienveillance pourrait bien être notre art martial bien de chez nous, une technique qui a toujours fait ses preuves et qui pourrait même s’instaurer en méthode à la lumière des explications des sciences cognitives sur le fonctionnement de notre cerveau.

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