La démonstration de la bienveillance (1)

crapaud_rieurLors des formations à la bienveillance en entreprise, l’adhésion à son principe est quasiment unanime. Même s’il m’a été récemment, peut-être légitimement, répondu que l’entreprise n’a pas vocation à créer l’amitié et/ou résoudre les carences affectives ou sociales des individus. Ensuite, lorsque la théorie est acquise, c’est en travaillant sur sa mise en œuvre avec les groupes que les questions concrètes se posent.

Le principe théorique de la formation à la bienveillance est d’associer, à la lumière des neurosciences, des évidences existentielles et comportementales qui n’ont a priori aucun rapport entre elles. L’objectif est de porter un regard innovant sur notre manière de nous comporter avec nous-même, avec l’autre et avec le monde.

Lorsque l’aspect théorique de la formation à la bienveillance, en particulier sur ses aspects contagieux et irrésistible, sera démontré, surgiront alors les questions sur sa mise en œuvre pratique. Cela sera traité dans une 2ème partie.

Pour démontrer la théorie, il suffit d’associer quelques évidences existentielles à quelques récentes découvertes des neurosciences. Il est d’ailleurs possible de démontrer cette théorie par le bon sens logique comme de réfuter son contraire par l’absurde.

Les évidences existentielles :

1/ La première caractéristique d’une personne est son égo, qui se caractérise par un sentiment d’individuation, aussi appelé conscience séparée. Cette conscience séparée crée la sensation, le sentiment et la réalité, illusoires bien que prégnants, d’être isolé du reste du monde. Moi, d’une part, et tout ce qui n’est pas moi, d’autre part, en l’occurrence l’autre et le monde, apparaissent comme des entités différentes

2/ Cette individuation se caractérise par le fait de tout ramener à moi, en toutes circonstances, de faire une affaire personnelle de tout ce qui me parvient de l’extérieur en général, et de l’autre en particulier. Cette caractéristique m’invite (m’oblige) à m’approprier tout ce qui se présente dans mon environnement comme si la situation me concernait directement ou comme si la parole entendue m’était personnellement adressée

3/ Notre personnalité appréhende le monde par l’intermédiaire des 5 sens, parmi lesquels celui de la vue est prééminent sur les autres, et auxquels pourrait s’ajouter un 6ème, le mental (à ne pas confondre avec le 6ème sens dont il est parfois question : l’intuition). Nous pourrions ainsi dire que la personne appréhende les pensées à l’aide du mental de la même manière qu’elle voit la couleur des objets à l’aide de la vue ou entend les sons par l’ouïe. Ces 6 sens agissent concomitamment mais mon attention consciente et volontaire ne peut se porter que sur un seul objet à la fois : je ne suis pas multitâche. Cela est aussi valable pour le 6ème sens, le mental. Ainsi, lorsque je pense, je suis incapable de voir, ou d’entendre. De même, lorsque je parle, je suis incapable de penser en même temps, etc.

De même, lorsque je suis bienveillant ….

Les découvertes des neurosciences* :

5/ « Un cerveau seul, même sain ne fonctionne pas, il lui faut au moins un autre cerveau pour se développer » (page 52), cela s’appelle intelligence relationnelle ou cerveau neurosocial

6/ « Nos neurones entrent sans arrêt en résonnance avec ceux d’autrui ; nos intériorités sont en communication directe. Nos circuits neuronaux sont fait pour se mettre en phase avec ceux des autres » (page 67)

7/ « Les relations harmonieuses entre individus mettent les chronomètres neuronaux des acteurs en phase, pour un meilleur métabolisme et un bien être accru » (page 75)

8/ « Le modèle des neurones miroirs a permis de montrer qu’en regardant quelqu’un sauter, servir au tennis ou taper dans un ballon, nous activons, sans exprimer le geste, les neurones correspondants dans notre cortex préfrontal » (page 84)

9/ « Ce système miroir nous pousse à vouloir le bien d’autrui parce que nous y avons intérêt » (page 94)

10/ « La mise en cohérence cortico-cardiaque d’un individu a tendance à s’étendre à toutes personnes dans le voisinage, même si elles n’en sont pas conscientes » (page 195)

En combinant certains postulats existentiels à certaines découvertes des neurosciences, on arrive à quelques évidences, mais aussi à quelques non-sens :

6 + 2 ou 7 + 2 ou 10 + 2 = ma bienveillance contamine irrésistiblement l’autre

8 + 3 = la bienveillance de l’autre impacte sur moi sans que j’en sois conscient, et réciproquement

Bienveillance spontanée + 5 ou + 6 ou + 7 ou + 8 = irrésistibilité et contagion

ou :

1 + 5 ou + 6 ou +9 = Bug, incohérence, incongruence, hiatus, confusion …

Etc.

Dans vos commentaires, je vous invite à proposer d’autres postulats existentiels ainsi que d’autres aspects mécaniques de notre cerveau, et d’imaginer d’autres associations tendant à démontrer l’irrésistibilité et la contagion de la bienveillance ou l’incongruence et l’absurdité de son absence.

* « Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner, entretiens avec Boris Cyrulnik, Pierre Bustany, Jean-Michel Oughourlian, Christophe André, Thierry Janssen et Patrice Van Eersel », Ed. Clés Albin Michel

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