La démonstration de la bienveillance (2)

jesuisL’adhésion au principe de la bienveillance en entreprise est quasiment unanime, en particulier dans ses aspects contagieux et irrésistible. Reste à traiter les questions pratiques de sa mise en œuvre, car la bienveillance est bien une histoire de pratique.

Les formations à la bienveillance laissent un impact remarquable dans les groupes de travail. Il y a un avant et un après. Un vent de fraicheur souffle chez les participants, tous s’accordent sur l’enthousiasme et l’envie de bien faire qui naissent à l’issue du séminaire, de la journée de formation ou de l’atelier. Néanmoins, lorsqu’on revient quelques semaines plus tard, beaucoup témoignent de manque de constance, d’absence de pérennité dans les changements. Les vieux comportements ont la vie dure.

On me demande s’il est possible d’en terminer définitivement avec certains comportements limitants ou mauvaises habitudes. L’expérience montre que rien ne se perd, que des habitudes que l’on a nourries pendant longtemps laissent des traces au fond de nous, n’attendant qu’une baisse de vigilance de notre part pour rejaillir de nouveau. Sans parler des atavismes de lutte et de méfiance envers l’autre qui couvent continuellement en nous, héritages des réflexes des premiers humains qui vivaient dans des environnements naturels hostiles.

Comme nous l’avons vu dans la 1ère partie, l’individu se caractérise par un ego, lequel ramène toujours tout à lui, en toutes circonstances. Quelles que soient ces circonstances de notre environnement, tout est toujours prétexte à appropriation personnelle, qu’elles proviennent d’éléments naturels ou humains. L’ego se réfère à des circonstances antérieures, expériences et souvenirs, c’est dans sa nature et dans la justification de son identité. Il ne cesse jamais de comparer, d’évaluer ce qui se présente à lui à l’aune de bonnes ou de mauvaises expériences passées.

La bienveillance est accueil inconditionnel de ce qui se présente, sans a priori ni jugement. Elle prend place dans le présent. La bonne conséquence de l’accueil de l’instant présent est sa bonne gestion, qui permet de ne pas devoir y retourner ensuite. L’accueil de l’instant présent révèle nos capacités pour le gérer au mieux, nous prépare d’autant mieux au suivant que nous n’avons pas à y revenir. Ni regret ni meilleure attitude que nous pourrions avoir car nous sommes concentrés sur la bienveillance, vigilant sur le jaillissement possible d’anciens comportements. Lorsque nous donnons le meilleur de nous-mêmes, nous sommes totalement congruent, nous développons les capacités pour accueillir chaque nouvelle situation de la meilleure manière.

Voici deux illustrations de gestion différente de l’instant présent et de manifestation de la bienveillance, l’une dans la vie privée où je n’étais pas concentré et l’autre dans le contexte professionnel, où j’ai donné le meilleur possible, avec dans chaque cas des conséquences aussi différentes que logiques.

Je fais des courses avec mon fils dans un supermarché. Je possède un scan qui permet d’enregistrer mes articles et de me diriger ensuite vers une caisse spéciale où je passe souvent sans avoir à présenter mes achats un par un. Devant moi, une femme avec un caddy plein qui a une relecture, c’est-à-dire qu’elle doit vider son caddy pour voir si le compte affiché sur son scan correspond à celui de ses articles. Avant qu’elle ne commence, je demande à la caissière de regarder si mon scan aura une relecture afin de ne pas avoir à patienter le temps du contrôle de la cliente devant moi. Elle vérifie mon scan, m’informe que je n’aurai pas de relecture mais me dit qu’elle ne pourra me faire passer d’abord car elle a déjà commencé avec la cliente précédente.

Mécontent, je ferme mon visage puis me tourne vers mon fils en la traitant à voix basse de nom d’oiseau. Mon fils me rétorque que nous avons bien le temps, et que mon attitude l’étonne vraiment de la part de quelqu’un qui parle sans arrêt de bienveillance à la maison. Cependant, la caissière s’est tournée vers sa collègue à la caisse immédiatement derrière, et lui demande si elle peut me prendre car je n’ai pas de relecture. La caissière accepte et je me dirige finalement vers elle en passant devant les autres clients.

Je suis mécontent de moi-même, je suis le seul à ne pas avoir agi avec bienveillance, à ne pas avoir accueilli la situation, pour finalement m’apercevoir que tout s’arrange parfaitement. La bienveillance possède un effet contagieux et désamorçant du conflit mais elle installe également un terrible mal à l’aise chez celui qui aurait pu en faire preuve et ne l’a pas fait.

Lors d’une conférence sur la bienveillance et les innovations comportementales, donnée dans un groupe de 12 personnes d’une administration, je suis interpellé par un participant, formateur occasionnel lui aussi, qui me demande des justifications et qui argumente en contredisant mes démonstrations. La personne est très remontée contre moi, j’ignore pourquoi.

A chacune de ses interventions, nos échanges courent le risque de déborder dans des considérations personnelles, des cas d’école rencontrés, des exemples et des arguties contradictoires. Chaque fois, je temporise, en lui expliquant que la réponse à sa question sera proposée plus tard dans l’exposé. Je souris et reste bien axé dans mon intervention. A la fin de l’exposé, c’est la 1ère personne à quitter la pièce.

Lors du feedback, deux autres participants m’expliquent qu’ils ont craint que la conférence ne dégénère à de nombreuses reprises. Je pouvais rentrer dans ces tentatives de déstabilisation et courrait le risque de dénaturer la conférence et que les participants ne se souviennent que des échanges que j’aurais eu avec cette personne. Finalement, elles m’ont rapporté que ses interventions illustraient parfaitement le propos de la bienveillance et de sa neutralisation d’éventuels conflits.

Merci de partager

Ce contenu a été publié dans Entreprise, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.