Un collectif de la bienveillance pour le bénéfice de l’entreprise

Rz_6Des six orientations conclusives du rapport d’O2J sur l’environnement humain et social de l’entreprise française aujourd’hui, la 1ère est la plus humaniste : « Miser sur la dimension humaine de l’entreprise comme source de performance*. »

Les auteurs ajoutent «  qu’à technologie équivalente et dans des conditions économiques comparables, c‘est l’entreprise qui aura su le mieux faire face au risque social (apparition et développement de tensions) et susciter l’engagement des salariés qu’elle emploie qui a le plus de chance de réussir durablement. »

Il est juste de préconiser une nouvelle fois de recentrer l’individu dans la démarche globale de l’entreprise pour son immédiat profit (comprendre celui de l’entreprise dans la phrase, bien que les deux soient indissociablement liés.) Essayons de donner un éclairage original à quelques phrases de ce document en associant certaines données concernant l’individu et le groupe aux neurosciences.

Penchons-nous en particulier sur l’engagement du salarié. Comment comprendre le fait que si « le jugement des salariés est positif en ce qui concerne la qualité des rapports interpersonnels au sein de l’équipe de travail, certains d’entre eux observent toutefois que le « chacun pour soi » tend à l’emporter sur le sentiment de participation à une action menée en commun. » Un peu plus loin, « l’opinion formulée par les personnes interrogées est en revanche le plus souvent négative en ce qui concerne la qualité des rapports entre équipes de travail ; l’impression est celle d’un cloisonnement excessif. »

Certaines caractéristiques, que l’on pourrait qualifier de réductrices, pourraient s’appliquer pareillement au cerveau, à l’individu et à l’entreprise. Prenons la séparation par exemple ; il pourrait se nommer mono-tâche pour le cerveau, égo ou sentiment du moi pour l’individu, cloisonnement pour l’entreprise. Le cerveau va privilégier une tâche sur une autre, car il ne peut structurellement être attentif à 2 choses à la fois. Chez un individu, tout va se jouer entre ce qui se rapporte directement à lui ou pas. Dans l’entreprise, le cloisonnement est aujourd’hui la norme comme l’attestent les sondages de l’étude, et même si le salarié se trouve à peu près à l’aise dans son groupe de proximité, cette zone de confort relative peine à dépasser le groupe.

D’un autre côté, d’autres caractéristiques, que l’on pourrait qualifier de novatrices, pourraient s’appliquer pareillement aux trois. Prenons la vision périphérique pour le cerveau. Combien de fois vous êtes-vous étonné de mieux distinguer une étoile la nuit lorsque vous ne la regardiez pas et que votre regard se portait juste à côté. Pensez au mot que vous avez sur le bout de la langue : c’est lorsque vous cessez d’y penser que l’information jaillit. Prenez le jongleur qui ne peut appréhender la course de toutes ses quilles que s’il pose son regard sur une vision globale de l’ensemble et non sur la succession individuelle des quilles. Cette vision du jongleur n’est pas sans rappeler la pleine conscience de certains méditants.

Pour l’individu au sein de l’entreprise, la bienveillance l’invite à cesser de nombriliser et de faire une affaire personnelle de chaque élément qui apparaît dans son univers professionnel, pour enfin envisager l’altérité comme une source d’enrichissement et de gratification.

Pour l’entreprise, « les externalités négatives risquent, avec le temps, de lui être de plus en plus fortement reprochées, de sorte que l’entreprise peut avoir tout intérêt à prévenir des obligations nouvelles et coûteuses qui pourraient lui être imposées en prenant les devants par une politique volontariste de réduction des externalités négatives. Et elle peut, par contre, valoriser ses externalités positives en en faisant un vecteur de son image vis-à-vis des pouvoirs publics, des populations, de ses clients et de son propre personnel. Le développement durable est ainsi devenu une composante importante de l’image que cherche à se donner l’entreprise. » Gageons que la bienveillance soit la prochaine composante, et certains labels et normes commencent d’apparaître dans le monde de l’entreprise pour encourager cette initiative.

Pour finir, 2 opinions autorisées provenant de 2 mondes « apparemment » bien éloignés, qui peuvent être mises en regard l’une de l’autre et qui proposent une nouvelle fois d’imaginer et de créer plutôt que de subir et de réagir.

Celle des auteurs de l’étude, tout d’abord : « Nous avons spontanément tendance à imaginer l’avenir au travers des schémas de compréhension dont nous avons hérité et comme une simple prolongation de l’univers qui nous était familier. Il s’agit là d’une illusion et nos schémas de compréhension peuvent nous amener à ignorer les ruptures en cours. Le statut du travail demande à être repensé. Mais ceci nous est difficile dans la mesure où nous sommes largement prisonniers de modes de pensée et de pratiques qui appartiennent d’ores et déjà au passé si l’on considère les évolutions en cours en France et ailleurs. Le mammouth, cet animal si bien adapté à l’environnement d’une steppe herbeuse et froide, a longtemps coexisté avec les espèces plus petites, plus malingres, mais également plus agiles qui ont fini par prendre sa place et le conduire à l’extinction. Quoi qu’il en soit, penser le travail de demain suppose préalablement d’accepter qu’il revête des formes différentes de celles qui nous semblent aujourd’hui aller de soi. Le mammouth appartient au passé ; il n’est pas impossible qu’il en aille de même du salariat, et ceci dans un avenir qui pourrait être plus rapproché qu’on ne le pense. »

Puis une phrase de Mathieu Ricard pour finir ** : « Les recherches scientifiques dans le domaine de la neuroplasticité du cerveau montrent que toute forme d’entrainement induit des réorganisations importantes dans le cerveau, au niveau fonctionnel comme au plan structurel. »

Le cerveau est semblable à l’entreprise dans ses caractéristiques, son fonctionnement et ses possibilités puisque c’est précisément lui qui l’a créée. Il conviendra qu’ils quittent tous deux leurs schémas ratiocinants pour imaginer ensemble le nouveau paradigme de l’entreprise. La bienveillance les y aidera sans aucun doute.

*Sauf indication contraire, toutes les phrases entre guillemets sont des citations du rapport O2J

** « L’art de la méditation » Ed. Pocket, page 19

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