Les a priori et la bienveillance

 

Rz_LOISR014Lorsque nous rencontrons une personne pour la 2ème fois, les informations que nous avons recueilli sur elle lors de la 1ère rencontre, consciemment ou non, jaillissent et se collent sur notre cerveau, créant un filtre d’a priori qui déforment la réalité et hypothèquent les possibilités qu’offre la relation.

Si nous n’y prenons garde, la 2ème rencontre renforcera les a priori, si bien que les rencontres suivantes verront ce filtre devenir de plus en plus opaque pour bientôt ne laisser plus rien passer d’informations objectives. Au bout d’un certain temps, notre opinion est faite sur cette personne, et nous avons à cœur d’adapter notre approche et nos arguments à ce que nous croyons connaître d’elle.

Les processus en œuvre ici sont le fruit de notre personnalité et de notre mémoire, et semblent des conséquences normales de notre constitution humaine. Nous sommes construits sur la base d’un héritage, familial, régional, national, et sans doute encore plus grand, enrichi par des croyances et des peurs. Ces effets personnels ont été accumulés au cours d’un apprentissage d’expériences plus ou moins heureuses. Au bout d’une certaine période d’existence, assez vite en définitive, chacun d’entre nous est pourvu de ce que les comportementalistes modernes appellent nos méta-programmes, notre carte du monde.

Dans un cerveau, un neurone est connecté à une arborescence d’autres neurones grâce à des connexions synaptiques. Chaque connexion synaptique fut créée par un lien entre deux informations, et cette connexion fut validée lorsqu’il parut pertinent à l’individu de les associer de nouveau, consciemment ou non. Quand une connexion synaptique est empruntée, elle se consolide et propose plus facilement à une nouvelle information de l’emprunter de nouveau. Nos croyances sont des connexions renforcées toujours de la même manière, créant dans notre cerveau des autoroutes d’informations toujours identiques. Imaginez le soc d’une charrue creusant toujours le même sillon ; après un certain temps, nul besoin d’un conducteur derrière le soc, il suffit simplement de le mettre sur le début du chemin et il creuse un peu plus profond.

Une connexion neuronale est un produit de la carte du monde de l’individu, et le bon sens d’une connexion n’apparaît que pour cet individu, et pourrait paraître totalement insensé à un autre. De la même manière, dans des circonstances différentes et chez une même personne, un même élément déclencheur peut très bien emprunter une autre connexion synaptique et déclencher une réaction tout à fait différente qu’auparavant. Ce qui nous pousse parfois nous-même à nous contredire d’un jour à l’autre sur un même sujet, et à nier quelque chose que nous avons affirmé précédemment (je vous en prie, amusez-vous de l’apparente contradiction avec le paragraphe précédent.)

Des éléments déclencheurs se présentent tout au long d’une journée, il semblerait parfois que notre environnement n’existe que pour nous rappeler ces expériences et émotions passées. Ces éléments appelleront autant d’a priori sur ces nouvelles personnes que nous rencontrons. Ce prénom, qui est celui de ce garçon qui m’a harcelé dans la cours de récré lorsque j’étais en CP ; ce parfum, qui est celui de mon ex qui m’a fait souffrir ; cette musique qui me rappelle tel événement, etc.

Aujourd’hui, nos aprioris concernant l’autre, qu’il s’agisse d’une 1ère rencontre ou des suivantes, sont toujours teintés de ce que nous sommes, de ce qui nous a construit, et nous comprenons que nous devons d’abord être vigilants envers nous-même, à ce que nous pensons, avant d’éventuellement être vigilants envers l’autre. Choisirons-nous de valider encore les mêmes sempiternelles pensées ou serons-nous attentif et agirons-nous avec bienveillance en laissant à l’autre la possibilité d’être ce qu’il est et non ce qu’il nous rappelle ?

Les neurosciences nous parlent de neuroplasticité du cerveau : « Les neuroscientifiques ont découvert que notre cerveau a une remarquable qualité appelée neuroplasticité, la capacité de créer de nouvelles connexions synaptiques pour de nouveaux apprentissages, en particulier de ce que nous apprenons de nos plus profondes impulsions créatrices. Nous initions ce processus en explorant les archétypes, en nous connectant à l’univers des possibles, en prenant conscience des synchronicités autour de nous, et surtout par l’expérimentation de tous les jours. » Amit Goswami*

Les sillons de notre cerveau n’existent que parce que nous les validons encore et encore. Réaliser que nous nous trouvons à l’entrée du sillon nous donne déjà la possibilité de choisir un autre chemin.

« L’entreprise est un lieu particulier où il existe une hiérarchie non naturelle, basée sur des règles que certains peuvent avoir du mal à accepter, ou avoir du mal à faire accepter !** » Dans l’entreprise, peut-être plus qu’ailleurs, les relations sont porteuses d’enjeux et de possibles malentendus ou conflits dus à ces mémoires d’expériences qui constituent notre personnalité. Quelques règles simples d’identification de ces mécanismes sans cesse en œuvre seront très utiles pour gérer plus sereinement nos relations.

*Amit Goswami, neuroscientifique rendu célèbre par le film : Que sait-on de la réalité ?

**Propos d’un ami DRH

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