Harcèlement et bienveillance (réponse aux commentaires)

Rz_92L’idée de ce billet m’est venue cet été, j’ai croisé 3 amis victimes de harcèlement sur leur lieu du travail, deux dans des administrations, le dernier dans le privé. Deux sont arrêtés pour une durée indéterminée (l’un suite à un burnout) suivis par 1 psy et médicamentés, l’autre tient le coup en courbant l’échine.

L’incompréhension de certains d’entre vous sur le sens du billet m’a surpris et je me suis dit que je n’avais pas été suffisamment clair sur le sens des mots, ainsi que sur ma position dans ce genre d’affaire. Je me suis relu et je n’ai pas su quoi changer. Je l’ai envoyé à d’autres collègues qui ne sont pas sur ce réseau (Linkedin), lesquels m’ont donné un éclairage nouveau et encore différent.

Autant de lectures et d’appréciations différentes ….

Avant toute chose, merci de vos réactions. Je déplore comme tous la déliquescence des relations humaines et j’œuvre comme je peux à être de plus en plus conscient de ce qui se passe à chaque instant, en moi et dans chaque relation. Selon moi, c’est dans l’observation de nos comportements, nos programmes, que se cache la clé du changement. Les traditions orientales l’affirmaient déjà et la physique quantique l’a remis au goût du jour : l’observation change la nature de ce qui est observé. Nous-même n’y échappons pas.

Laissez-moi commencer par « définir ces concepts », tel qu’il a été demandé, et par circonscrire la discussion au harcèlement sur le lieu de travail. La discussion dérive sur le pervers narcissique, je ne connais pas assez ce genre de cas pour m’y risquer. Je crois cependant que le PN agit dans un cadre relationnel affectif ou d’amour, ce qui n’est pas le cadre de ce billet qui se situe dans un cadre purement professionnel.

J’ai déjà défini la bienveillance comme un accueil favorable à ce que présente l’autre, sans a priori ni jugement. Quant à la reprogrammation, c’est en effet un terme utilisé en PNL, mais avec un éclairage plus intéressant donné par les neurosciences.

Si l’on estime que 80% des pensées que nous avons aujourd’hui sont les mêmes qu’hier, donnant naissance aux mêmes sentiments et donc aux mêmes actions, alors on est en droit de parler de programmes, qui courent au sein de notre existence sans que nous en ayons conscience.

Les relations entre les individus n’échappent pas à cette règle. Les relations que nous entretenons aujourd’hui avec nos collègues sur le lieu du travail sont nourries des circonstances et faits qui ont encadré celles que nous avons vécues hier.

Il y a autant de manières de considérer le harcèlement sur le lieu du travail qu’il y a d’individus, et il est donc difficile de généraliser. Pardon pour les cas particuliers qui échappent à cette analyse.

La relation que nous entretenons avec quiconque est unique par nos idiosyncrasies respectives et par la coïncidence spatio-temporelle de la rencontre. Vous conviendrez que n’importe quel autre femme ou homme à votre place réagirait d’une toute autre manière à n’importe quelle situation que vous vivez, et que c’est bien le « patrimoine » de chacun qui crée le cadre et la nature de la relation qu’il vit avec l’autre.

Un harcèlement ne peut se produire que par la coïncidence d’une rencontre unique entre deux individus, et le harceleur harcèle celui-ci alors qu’il serait incapable de le faire avec celui-là, simplement parce que ce dernier ne lui en laisserait pas l’opportunité. Parfois, il suffit que disparaisse la présence du harcelé pour que le harceleur n’existe plus. Le cerveau est neurosocial, « un cerveau seul, même sain, ne fonctionne pas. Il lui faut au moins un autre cerveau pour se développer (Boris Cyrulnik). » Parfois, certaines personnes sont tellement foncièrement méchantes qu’elles échapperont aussi à cette règle.

J’en viens à « la bienveillance est un outil puissant », comme cela a été exprimé, et que je valide avec force, en théorie et par la pratique. Il ne s’agit pas d’une tendance bisounours mais bien d’un fait irrévocable prouvé par les sciences cognitives et comportementales, que j’applique quotidiennement et sur laquelle je base mon travail de formation.

La bienveillance possède un pouvoir neutralisant de conflit pour plusieurs raisons. Elle est d’abord totalement anachronique, elle surprend et confusionne le cerveau de celui à qui elle s’adresse. Un cerveau confusionné perd ses repères, son cadre de références, est donc plus perméable à la nouveauté.

Ensuite, nous savons intimement, mais de manière tout à fait inconsciente, que nous avons besoin des autres. Cette réalité, associée au fait que nous cherchons avant tout le bonheur, fait que nous recherchons également le bonheur de l’autre. « On trouve de nombreux systèmes de neurones miroirs dans à peu près toutes les régions du cerveau. Or ce système miroir nous pousse à faire le bien d’autrui parce que nous y avons intérêt. (id) »

Le conflit alimente le conflit, la bienveillance peut le neutraliser. Opposer de la bienveillance à de la colère ou de la méchanceté casse le schéma classique d’une relation qui dérape sans que les protagonistes s’en rendent même compte.

Alors que faire d’une situation déjà bien installée de harcèlement au travail ? Je propose que celui qui subit le harcèlement réagisse en effet de manière totalement nouvelle, pour déstabiliser le harceleur et le confusionner. En adoptant une nouvelle neutralité bienveillante, le harcelé va désamorcer la méchanceté qui exsude du harceleur car elle n’aura plus de prise possible sur lui, elle va tellement le surprendre qu’elle peut le retourner comme une crêpe.

En hypnose classique, on appelle ça : rupture de pattern, l’instant infinitésimal entre deux actions où le conscient est en chute libre et où on glisse cette suggestion directe et ferme de changement.

Alors il faut du courage de la part de celle ou celui qui est harcelé, en effet, mais cela peut en valoir la peine. Faire se retourner le harceleur sur lui-même, lui mettre le nez dans sa souffrance propre, et déprogrammer son comportement.

Une bienveillance stratégique, quoi ! C’est possible, ça a déjà marché.

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