Les petits trucs de la Bienveillance (3)

La bienveillance dans nos relations professionnelles. La série des petits trucs de la bienveillance continue avec 2 qualités : l’acceptation et la persévérance.

Acceptation et Persévérance sont complémentaires. Utilisées ensemble, elles transforment positivement les différentes facettes de nos relations de travail, de toute notre existence, puis y introduisent une joie spontanée car devenue sans objet ni objectif.

La pratique de la bienveillance engendre une joie qui se distille dans tout notre être, toute notre existence et toutes nos relations, semblable à une fragrance enveloppante que l’on perçoit de loin, une lumière qui éclaire chaque relation d’une nouvelle perspective, une musique douce et rafraichissante. Lorsque cette joie s’installe, l’acceptation et la persévérance ne sont plus des tâches à accomplir ou des qualités à se contraindre d’obtenir.

La bienveillance au quotidien : un but et une joie sans objet

Cette joie est d’abord une conséquence heureuse et inattendue des 2 qualités mises en œuvre continument. Elle apparait en premier comme une récompense. Nous sommes heureux de constater le pouvoir de cette bienveillance qui se diffuse telle une invitation autour de nous, une douce contamination de nos relations de travail. Puis nous expérimentons une absence d’identification, de récupération personnelle de quelque événement qui surgisse dans notre quotidien.

Les délais de livraison, les commandes non respectées, les contraintes administratives, les relations hiérarchiques sont certes toujours présentes, mais à une certaine distance désormais. L’absence d’un impact émotionnel personnel dans le déroulement d’un évènement est une libération. Dorénavant, peu d’événements possèderont le pouvoir de contraindre notre attention et de limiter nos actes, ni n’engendreront de stress ni de souffrance.

Ensuite, cette joie installée dans notre vie nourrit en retour notre acceptation et notre persévérance. Les objectifs à atteindre et les moyens mis en œuvre pour y parvenir se confondent bientôt et s’amalgament dans une unique organisation de vie. Le but devient le chemin.

Acceptation est renoncement

Je pars donner une journée de formation sur la Bienveillance et les Innovations Comportementales à Lille. N’étant pas parisien, je me suis levé 1 heure plus tôt que prévu, afin d’éviter tous risques de perturbations du métro et d’arriver suffisamment tôt gare du Nord. J’ai le temps de prendre 1 café avant de m’installer dans le TGV…. Lequel finit par partir avec 40 minutes de retard, à cause d’une (ou grâce à une ?) voie à libérer.

Même si j’ai tenté d’éliminer tout risque de retard pour cette journée de formation, le train n’arrivera pas à l’heure. Ce sont 12 personnes + 1 (le formateur) qui vont devoir travailler sur l’acceptation.

A Lille, je suis accueilli par un membre de l’équipe qui me rassure sur ma non-responsabilité dans le retard du train. Nous mettons à profit le trajet de 15 minutes pour étudier des sujets d’intérêts communs. Souvent, peu de choses suffisent pour inviter 2 personnes à se découvrir : une machine à café, une salle d’attente, une réunion, un trajet, etc.

Toute personne rencontrée est potentiellement une relation significante, un collègue, un ami, un partenaire. Il suffit de laisser une possibilité se produire, et cette possibilité ne peut naître que par l’acceptation de ce qui arrive, quoi que cela puisse être. Plus encore cette possibilité est-elle davantage riche de sens et de découvertes dans une apparente adversité. Une situation connue sera sans surprise, nous confortera dans nos mécanismes répétitifs, suffisants autant que lénifiants, et n’appellera pas en nous l’émergence de nouvelles qualités ou possibilités. « Entre 2 situations qui se présentent à vous, l’une inconnue et/ou difficile, et l’autre connue et/ou facile, choisissez la 1ère » disait Maharishi Mahesh Yogi, le gourou des Beatles et promoteur de la Méditation Transcendantale.

Acceptation et autorité

Les habitudes agissent en nous comme une autorité invisible qui nous commande. Nous (moi le 1er) sommes tous tellement régis par nos croyances, conditionnés par nos peurs, naturellement portés à agir comme les autres ou à obéir au plus grand nombre, que reste peu de place pour une attitude innovante. Les travaux de Stanley Milgram ont grandement contribué à démontrer qu’une autorité extérieure prenait sans effort le pas sur notre propre capacité de discernement et de libre arbitre. Notre volonté et notre capacité de choix abdiquent trop facilement au profit d’une autorité extérieure.

Or, nul besoin de volonté extérieure. Un joug tout aussi efficace est la tutelle qui nous maintient sous la coupe des habitudes, de la sécurité répétitive, du non-engagement et de la facilité, des schémas répétitifs de comportement : « Au cours de notre vie, les circuits cérébraux qui sont utilisés le plus fréquemment deviennent « câblés », c’est-à-dire qu’ils sont plus faciles à activer que des connexions nouvelles ou inutilisées. Étant donné que l’on a besoin de moins d’énergie pour que ces circuits familiers deviennent actifs, les modèles pratiqués deviennent tout à fait littéralement le « chemin de la moindre résistance. » À bien des égards, le cerveau est une machine de conservation d’énergie : elle utilise 20 à 25% de l’énergie cellulaire du corps (alors qu’elle ne représente seulement que 2% du poids total du corps), il y a donc eu de fortes pressions évolutives pour que le cerveau reste aussi efficace que possible. Tout comme l’eau va couler à travers un lit de rivière bien usé au lieu d’en tailler un nouveau, lorsque le cerveau est confronté à un choix entre deux actions, celui qui est familier, qui a été répété, va gagner en raison de sa préférence énergétique. » (libre traduction)

Acceptation et altérité

Une rencontre est pourtant la forme la plus challengeante de situation, en ce qu’elle fait jaillir en nous de possibles pensées, souvenirs, transferts, émotions, sensations physiques, malaise, confusion, attentes, projections, etc. Toutes ces informations qui jaillissent en même temps et qui se disputent notre attention, dues aux formes complexes d’interactions entre nos cerveaux et nos systèmes miroirs neuronaux, nos cœurs et nos émotions miroirs elles aussi, nos corps physiques et énergétiques, tous ces échanges qui sont à l’œuvre avec l’autre, en nous et autour de nous, les échanges que nous connaissons et ceux qu’il nous reste à découvrir.

Toutes ces informations représentent en réalité un gigantesque réservoir de possibilités et d’innovations, selon la réaction ou la création que nous allons proposer à cette rencontre. De nouvelles alternatives pour solder d’anciens comptes, pour remplacer des connexions neuronales, certes toujours très actives mais pourtant totalement caduques.

Quoi de plus innovant qu’une rencontre, qui invite à la connaissance d’une autre personne, même (apparemment) superficiellement, et qui introduit bientôt en chacun des acteurs une reconnaissance, une zone confortable et partagée de bien-être, qui agit comme un interrupteur, un shift qui rend les paramètres de la future relation totalement différents entre avant la rencontre et après.

Cette personne qui est venue m’accueillir à la gare sera plus tard mon lien naturel avec le groupe, elle m’assistera spontanément lors des aléas techniques que je rencontrerai plus tard, comme si nous étions venus ensemble animer cette formation.

Acceptation et Persévérance

Une fois sur place apparaissent d’autres détails possiblement déstabilisants pour le déroulé de la formation telle que je l’avais prévue. Un nombre plus important de participants assiste à la formation, des détails techniques ou d’organisation qui n’étaient pas prévus : la configuration de la salle pourrait s’avérer inappropriée car un grand pilier central cache à la vue une partie des personnes présentes, selon la place que j’occupe, et les tables sont fixées au sol ; nul port HDMI sur le vidéoprojecteur pour se relier à mon ordinateur portable.

Pourtant, l’aide apportée par chacun pour résoudre ces petits aléas fait naître une véritable proximité d’intention entre les acteurs, une solidarité, comme si le souci de l’un se révélait le souci de tous. Chacun tente de trouver la bonne solution et transforme un aléa technique en innovation, dans une participation bienveillante et joyeuse.

Cette bienveillante attitude crée de nombreuses possibilités de transformation, et rend la persévérance naturelle et spontanée, joyeuse et totalement sans effort. L’absence de port HDMI sur mon portable permet d’en utiliser un autre, et provoque des déplacements dans la pièce qui fluidifient l’intervention. Le pilier au milieu de la salle permet des jeux de cache-cache avec les participants, des surprises et des interactions amusantes et ludiques, qui illustrent même parfois le propos de l’intervention. Le nombre de participants ouvre sur une palette plus importante de situations.

Acceptation est présence

En réalité, tout dans cette journée était parfaitement à sa place, du retard du train au feedback de chaque participant, en passant par tous les petits détails. Tout ce qui a été enregistré par la partie consciente de chaque personne, et tout ce qui n’a pas été observé mais pourtant favorablement impactant par chaque inconscient, était juste et sincère. Une journée orchestrée par une simplicité énergétique supérieure à nos continuels atermoiements, une journée sous le signe de l’acceptation, au-cours de laquelle la persévérance est devenue la suite logique et naturelle.

Une journée sous le signe de la présence à l’autre et à la situation, car l’acceptation autorise cette présence vivante. Le résultat est un juste équilibre entre le canevas de ce qui est prévu et la spontanéité d’une situation vivante, car régie non plus par des objets matériels ou des comportements figés, mais par le fluide de la vie qui coule en chacun et qui permet un ajustement idéal de chaque instant en fonction des paramètres vivants qui le constituent.

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